Le 11 septembre 2026, sur France Inter, Thibaut de Saint-Maurice intitulait sa chronique de «Petite philosophie du quotidien»: «Le mystère du dos». En 3 minutes, il s’interrogeait avec humour et finesse sur la difficulté de voir ou de toucher son propre dos en entier.

C’est l’un des principes du genre «chronique» de forcer, ne serait-ce qu’un peu, le trait. En l’occurrence, il n’est pas si exceptionnel de parvenir à toucher son dos en entier. Mais il reste vrai que cela demande un effort de contorsion et, en particulier, la coordination attentive des deux mains. À partir de cette donnée légèrement distordue, le «philosophe du quotidien» développe l’idée fondamentale que «quand je ne peux pas toucher mon dos, les autres peuvent le faire. Que ce soit la tape amicale de l’ami, les caresses ou l’enlacement de l’être aimé, le massage du soignant, tous ces gestes qui viennent des autres participent à achever la perception que j’ai de moi-même».
«C’est assez beau cette idée: j’ai besoin de la caresse et du regard d’autrui pour pouvoir faire le tour de mon corps. Sans quoi je n’ai qu’une perception incomplète de moi-même…» Thibaut de Saint-Maurice en conclut que «nous sommes des êtres de relation» et insiste sur le fait que, «si le toucher est une façon d’aller vers le monde, c’est aussi ce par quoi les autres viennent à moi pour me compléter et attester une bonne fois pour toutes de mon existence. Je suis touché donc je suis».
Il s’appuie sur la pensée de Maurice Merleau-Ponty, à laquelle on doit ajouter les acquis récents de la biologie. Les travaux de René Spitz sur les bébés prématurés, de John Bowlby sur l’attachement ou de Didier Anzieu sur le Moi-Peau ont mis en saillance le caractère structurant pour l’individu de la relation tactile interpersonnelle, dans sa double dimension de contact, qui implique la délimitation entre soi et l’extérieur, et de mouvement, qui permet la confiance dans l’espace et dans l’action. Plus encore, on sait désormais qu’à tous les âges de la vie, le tact interpersonnel stimule la production des hormones euphorisantes que sont la dopamine et la sérotonine, et diminuent la production des hormones du stress que sont l’adrénaline et le cortisol.
Lire le premier intertitre de notre article Des caresses qui soignent
et notre synthèse sur le chapitre d’Hervé Segond.
Écouter la chronique sur France Inter.
Photographie d’illustration: Christine Milles.
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