«Nous faisons souvent l’erreur de croire que nous ne pensons qu’avec notre cerveau. Certes, [il] est le siège de nos processus cognitifs, mais, ­contrairement aux systèmes d’intelligence artificielle, nous avons un corps… [qui] influence considérablement notre pensée ».

Sur un fond noir, le portrait en noir et blanc d'une femme de profil, blanche, les cheveux longs et noirs. Par-dessus son visage, un calque blanc représente, en transparence, les os du cou et les parties du cerveau, comme un écorché stylisé. Une troisième couche est un halo qui dessine des connexions mi-neuronales mi-informatiques, qui prennent la forme d'une sphère autour du portrait.
Dans Le Monde du 16 septembre 2026, la spécialiste en psychologie de la perception Sylvie Chokron synthétise cinq travaux neuroscientifiques récents en «cognition incarnée», ou «embodied cognition». Ce terme «renvoie explicitement au fait que la cognition est intrinsèquement située et liée au corps et aux expériences vécues».
Les trois premières études ont montré, grâce à la neuro-imagerie fonctionnelle, que «la présentation visuelle d’un objet que l’on peut potentiellement tenir en main active automatiquement les aires prémotrices et le cortex pariétal postérieur, impliqués dans la manipulation réelle de cet objet». Il en va de même face à la «représentation» en image de cet objet et, même, «face au mot écrit lui correspondant».
Les deux derniers travaux prouvent que «c’est tout le corps qui peut affecter nos processus intellectuels et mnésiques [ou mémoriels]». D’une part, «l’adoption d’une posture corporelle [peut] influencer le rappel de souvenirs autobiographiques». D’autre part, «en utilisant un exosquelette et en augmentant ainsi le poids des jambes de participants, on diminue leurs ­performances lors de tâches cognitives et l’on augmente également leur temps de réponse».
La scientifique conclut de manière neutre: «le champ d’étude de la cognition incarnée nous rappelle ainsi que notre corps participe activement à notre vie mentale. C’est précisément cette interaction dynamique entre le corps, l’environnement et l’action qui fait de nous des êtres humains et non des machines ou des algorithmes. Cela devrait considérablement nous freiner dans notre tentation actuelle de comparer l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle». Nous nous permettons d’en tirer trois conséquences:
1° L’appellation «intelligence artificielle» est un mensonge publicitaire, car aucun système informatique ne comprendra jamais rien, au sens de prendre ensemble «le corps, l’environnement et l’action»: il se contente de calculer des fréquences et de compiler les données que des humains lui ont fournies ou lui ont appris à recueillir.
2° L’obsession d’une efficacité supposée à court terme rend fascinante cette puissance de calcul et de compilation; mais la «lenteur» de notre cognition est précisément ce qui nous donne le «temps de la réflexion».
3° Ce temps de réflexion inclut l’activité la plus importante de l’intelligence: l’anticipation des actions à accomplir, ou pas, et de leurs conséquences matérielles, sensorielles et émotionnelles.

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Photographie d’illustration: Geralt pour Pixabay.com