La médiathèque Marguerite Duras, 115, rue de Bagnolet, Paris 20e, reprend l’exposition «Paysages tactiles» du samedi 21 mai au mercredi 29 juin 2022. Entrée gratuite. Métro ligne 3 Porte de Bagnolet. Bus lignes 26 ou 64 ou 76. L’AFONT aime passionnément!

 

En gros plan et vus de biais, les visiteurs de l'exposition sont en train de toucher une toile qui semble plate mais est constituée de textures diverses, tangibles plutôt que visibles.

 

Cinq artistes nous invitent à expérimenter ce qui fait un paysage, au-delà des limites traditionnelles de son appréhension. Estampe, céramique, textile, installations interactives. Ils proposent d’aborder de manière sensible le paysage dans ses dimensions physiques et mentales, en créant des espaces de partage plastiques et sonores communs aux non-voyants et aux voyants. Ils nous invitent à toucher, à entendre, à voir différentes œuvres qui sont autant de paysages à expérimenter. Ils convoquent nos sens, notre imaginaire et nos émotions.
En proposant une approche de l’œuvre par l’interaction et le toucher, l’exposition souhaite offrir un espace d’expérimentation commun au-delà des restrictions visuelles. Elle invite à décentrer l’imaginaire du paysage de sa dimension visible, pour l’envisager par la richesse de ses aspects matériels et immatériels sensibles, et par là même appelle à reconsidérer nos manières habituelles de percevoir le monde pour en expérimenter de nouvelles.

Trois visiteurs parmi tant d’autres

Anne Chotin

L’exposition « Paysages tactiles » m’est apparue comme une flânerie urbaine où l’on se promène et découvre différentes créations conçues pour être touchées. Disposés tant sur les murs que sur des socles à différentes hauteurs, les éléments naturels se redécouvrent à travers des dispositifs innovants et sensibles, sources d’émotions esthétiques par le biais du toucher. On pourra ainsi explorer un paysage de montagnes, reconstitué par un cheminement où découpes, coutures, texte en braille et audio se rejoignent. On se laissera aussi porter par des mobiles suspendus aux formes ajourées et aux textures évocatrices. Les céramiques fragiles et légères contrastent avec celles plus lourdes et plus anguleuses, proches de minéraux marins. Il y a aussi les installations interactives où le corps et le mouvement déclenchent du son, mais pour lesquels la dimension visuelle reste prégnante. En tout cas, c’est un vrai dépaysement auquel invite ce voyage, qui nous fait renouer simultanément avec la vie sociale et la valorisation du toucher, dans des conditions covi-compatibles!

Bertrand Verine

Et encore, parmi les carrés de cuir ou de velours et les plates-bandes de jean effrangé, aller à la rencontre d’étranges créatures: alignement de gousses végétales ou de limaces, assemblée de squelettes d’oursins ou de corolles florales…
Éric Meuwes

Je soulignerai deux qualités: la simplicité des propositions et la pertinence tactile. L’ensemble m’a paru contenir aussi beaucoup de travail et de technique. Je parle de simplicité car parfois la réflexion sur la dimension tactile amène à des proposition d’œuvres d’un abord complexe.
Ici, le donner-à-toucher est privilégié. C’est-à-dire : créer des choses qui parlent aux mains. Les mains ont leur façon de regarder et leur intelligence. C’est là où je parle de pertinence tactile. J’avais un certain a priori en venant à l’expo, car je m’interrogeais sur le titre: Paysages tactiles: très beau titre, mais je me demandais si, encore une fois, on allait nous proposer un accès tactile au choses visuelles que sont les paysages. Et j’ai été agréablement surpris ou rassuré de constater que les artistes avaient cherché à parler aux mains, et non simplement à faire toucher des choses qui ne sont pas faites pour ça.
Dans l’expo, on peut dire que les objets et installations ont été faites dans l’idée d’être touchées. C’est là pour moi le sens de la création tactile. Oui, la pertinence tactile était là: dimension à taille humaine, choix de matériaux, choix de textures; des lignes, des creux, des formes, des possibilités de préhension, des dynamiques intérieur-extérieur. Je pense qu’il y a dans cette expo des germes pour de futures créations toujours plus tactiles.

Lire la présentation des cinq artistes
Dans notre article «Paysages tactiles», une flânerie urbaine en plein Belleville
Sur le site de la Mairie de Paris
Ou sur celui de Mémoire de l’avenir.

Photographie d’illustration: Cathy Verine, pour l’Afont.