Les documents du Centre de Prévention des Infections Associées aux Soins (CPIAS) Occitanie, pour son «Challenge “Hygiène des mains”», permettent de faire le point sur ce geste barrière (re)mis en avant par la pandémie de covid-19. Mieux vaut tard que jamais!

 

Très gros plan de la courbe d'une bulle de savon en pleine lumière: des volutes multicolores se déploient le long de la surface, tandis qu'un point renvoie le soleil en une étincelle.

 

Si, depuis 2020, la pandémie de covid nous a apporté un bénéfice, c’est bien d’avoir généralisé la présence de distributeurs de SHA dans nos poches, nos sacs, les commerces et les lieux publics. La première des quatre vidéos pédagogiques du CPIAS indique que la solution hydroalcoolique a été expérimentée dès les années 1950 aux États-Unis, et adoptée en Allemagne dès les années 1960. Ce n’est pourtant qu’à la fin du XXe siècle qu’elle se répand peu à peu dans le système de santé français, et seulement avec la pandémie de grippe A (H1N1), en 2009, que son usage commence à se diffuser dans la population.
Nous synthétisons ci-dessous les informations apportées par le CPIAS, en reprenant l’ordre et les formulations du quiz publié sur notre site le 13.06.2022.

Un adjuvant irremplaçable de la liberté de toucher en toute sérénité et en toute responsabilité

1) Oui, l’hygiène des mains permet de diminuer le nombre d’infections associées aux soins corporels. Le lavage simple (eau + savon) nettoie la peau des substances étrangères qui y adhèrent et réduit significativement le nombre de germes présents à sa surface. La friction hydroalcoolique détruit presque tous les micro-organismes. Chacune de ces techniques permet de limiter la transmission à autrui et à une autre partie de notre propre corps via les mains.
2) Oui, la friction hydroalcoolique est plus efficace que le lavage simple des mains (eau + savon) sur les micro-organismes. Le lavage a une action mécanique qui diminue le nombre des germes, mais ne les élimine pas complètement. La friction a une action chimique désinfectante, qui détruit les germes à deux exceptions seulement: le parasite de la gale (sarcoptes scabiei) et les spores de la bactérie intestinale clostridium difficile. (Beaucoup d’enfants de moins de deux ans et de personnes âgées sont porteurs sains du clostridium difficile, mais sa multiplication chez une personne affaiblie provoque des diarrhées, parfois purulentes ou sanguinolentes, accompagnées de crampes abdominales ou de fièvre.)
3) Non, la friction hydroalcoolique ne doit pas être privilégiée en présence de souillures sur les mains. Quand la peau est manifestement salie, il convient d’abord de la nettoyer mécaniquement à l’eau et au savon, puis, une fois séchée, de la désinfecter chimiquement avec une solution hydroalcoolique.
4) Non, les frictions hydroalcooliques ne doivent pas être réservées aux situations d’épidémies. Depuis les années 2000 et la généralisation des solutions hydroalcooliques en France, le nombre d’infections nosocomiales a diminué jusqu’à 50%. La friction est, en particulier, un des éléments qui a contribué à la diminution du taux d’infections à staphylocoque doré.
5) Oui, en cas de soin corporel, au moins deux frictions hydroalcooliques doivent être réalisées: une avant et une après le soin. Même quand on porte des gants, il est indispensable de réaliser une friction avant, car des mains porteuses de germes contaminent les gants en les enfilant, et une autre friction après, car les gants usagés contaminent les mains quand on les enlève.

Simple et efficace

6) Non, un lavage simple des mains (eau + savon) ne doit pas être systématiquement réalisé avant toute friction hydroalcoolique. Le lavage mécanique n’est indispensable que dans trois cas: quand la peau est manifestement souillée, et lorsqu’on a été en contact avec une personne atteinte de gale ou de diarrhée à clostridium difficile (cf. ci-dessus réponses 2 et 3).
7) Oui, les solutions hydroalcooliques sont mieux tolérées par la peau des mains que les lavages simples (eau + savon). En effet, elles contiennent des émollients de type glycérine entraînant moins de sécheresse et d’irritations de contact que l’eau (parfois trop chaude), le savon (même doux) et l’essuie-mains, qui endommagent le film lipidique. Pour une tolérance maximale, il faut privilégier des solutions sans parfum et les utiliser sur des mains parfaitement sèches.
8) Oui, le port de bagues diminue l’efficacité de la friction hydroalcoolique. Les bijoux et les endroits de la peau où ils sont situés ne seront pas désinfectés. Le plus hygiénique est aussi d’avoir des ongles courts, sans extension ni résine, et d’enlever sa montre, pour désinfecter aussi le poignet.
9) Non, l’utilisation intensive de solution hydroalcoolique ne favorise pas l’émergence de bactéries multi-résistantes ni hautement résistantes. Les concentrations d’alcool (autour de 80%) dans les SHA ne sont pas compatibles avec la survenue de résistance. Ces bactéries sont résistantes aux antibiotiques, pas aux SHA, qui contribuent au contraire à limiter leur diffusion.
10) Non, l’utilisation intensive des solutions hydroalcooliques sur les mains ne contribue pas à une alcoolémie élevée. L’absorption d’alcool lors de frictions intensives est extrêmement faible: elle équivaut aux valeurs endogènes produites naturellement par le corps. En particulier, il n’y a pas de contre-indication à l’utilisation des SHA par les femmes enceintes. De nombreuses fausses informations ont circulé sur la composition des SHA. Contrairement à beaucoup de produits utilisés au quotidien, les SHA vendus en pharmacie ou distribués dans le système sanitaire français ne contiennent pas de perturbateurs endocriniens (bisphénol A, triclosan ou triclocarban). Pour en savoir plus, consulter Que choisir.
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Ainsi, la solution hydroalcoolique a tout pour s’imposer durablement dans nos vies comme un réflexe inséparable de l’action et de la perception manuelles. Efficace et facile à utiliser, elle est transportable partout en petite quantité et permet de se passer de point d’eau. Rapide et bien tolérée par la peau, la friction peut être répétée autant de fois que nécessaire.
Il reste donc à espérer que, même lorsque nous pourrons à nouveau nous embrasser et nous serrer chaleureusement la main, l’habitude perdurera d’avoir sur soi un flacon de SHA, et que les lieux publics continueront d’en mettre à la portée des clients et des passants oublieux. Comme le scande le CPIAS Occitanie: Adoptons la friction!

Lire aussi sur notre site :
«Comment nos mains ont longtemps été moins propres que nos pieds»,
«Ne pas (re)diaboliser le toucher, mais le rendre conscient».

Consulter :
les vidéos du CPIAS sur notre dropbox
les documents du CPIAS
la fiche sur le clostridium difficile du gouvernement du Québec.

Photographie d’illustration: Hans pour Pixabay.com