L’écrivain et écologue Jacques Tassin attire l’attention sur un «effet secondaire» de la «distanciation physique» indispensable pour lutter contre la pandémie de Covid-19: celui d’une «crise tactile sans précédent». Autre virus opportuniste? Ou récidive d’un mal ancien?

Sculpture contemporaine représentant deux immenses masques comédie / tragédie dans un parc

L’AFONT partage la préoccupation de Jacques Tassin, mais cette histoire en train de s’écrire a déjà au moins deux lectures possibles. Celle de l’auteur est que, friands de contact, nous pourrions y devenir allergiques, et qu’«il nous faudra, la sérénité retrouvée, et pour guérir tout à fait de cette épidémie, nous ressaisir du monde à pleines poignées, au ras des réalités tactiles, au plein contact de l’autre».
Une seconde lecture serait que, brutalement sevrés de ces contacts auxquels nous ne prêtions pas attention jusqu’ici, nous prenions soudain conscience de leur caractère vital, et du fait que le «grand détachement» actuel pousse à son paroxysme une phobie qui, en Occident, dure depuis 150 ans. Parmi d’autres références scientifiques, on peut se rapporter à l’historienne Nélia Dias, qui a publié chez Aubier, en 2004, La Mesure des sens. Les anthropologues et le corps humain au XIXe siècle.
Dans cette autre version de l’histoire, le déconfinement futur pourrait être l’opportunité de désapprendre à «ne plus toucher qu’avec les yeux» afin, comme l’espère Jacques Tassin, de «nous saisir à nouveau du monde».
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