Moyennant l’inversion de son titre, l’exposition Prière de toucher: l’art et la matière poursuit son tour de France par le Palais des Beaux-Arts de Lille, du 20.10.2022 au 27.02.2023. Profitez de cette occasion (temporaire?) de «découvrir le musée autrement».

 

Vue du dessus, une main d'adulte présente ses doigts repliés vers le haut pour recevoir la punition d'un coup de règle qui s'avance vers elle.

 

 

Rappel

Développant la proposition du musée Fabre de Montpellier, qui a séduit 80 000 visiteurs en 2017, le programme offre dix moulages à la contemplation tactile: Koré de l’Athènes antique, Buste de femme en médaillon, Vierge et enfant de la Renaissance, L’Hiver, L’Été et Voltaire assis de Houdon (1780-1790), La Rieuse de Carpeaux (1870), L’Ange déchu de Rodin (1895), la Tête de l’éloquence de Bourdelle (1913-1923) et Balance en deux de Marta Pan (1957). Des audioguides spécifiques ont été conçus pour aider à la découverte du toucher et par le toucher. Il est conseillé de venir à deux : l’un/e se bande les yeux et explore tactilement, l’autre guide, puis vice versa.

Lu sur https://pba.lille.fr

C’est avec réticence que le Palais des Beaux-Arts de Lille semble reprendre l’ambition d’«une nouvelle expérience sensible, multigénérationnelle, inclusive qui place le visiteur comme acteur de sa visite, dans une démarche d’appropriation qui le mène de la sensation vers la connaissance». Il mentionne en passant la «conception universelle», les «modes de médiation alternatifs» et l’«invitation à réfléchir à ses propres réflexes de perception (vue, ouïe, toucher et odorat)». Mais cela ne constitue que le troisième des cinq objectifs assignés à la démarche: «proposer une approche sensible de la sculpture par le toucher. En comprendre les enjeux par rapport à l’histoire du toucher».
Les quatre autres objectifs sont d’«Accompagner le public et le personnel du musée vers une meilleure appréhension du handicap; aborder la question de la déstigmatisation, de la compensation, de l’adaptation; amener à une autre vision du handicap, qui peut être une force; partager le vécu des non et malvoyant.es, explorer notre propre rapport au temps et proposer de ralentir dans le cadre d’une « Slow Visite». En somme, «L’exposition PRIÈRE DE TOUCHER. L’ART ET LA MATIÈRE s’adresse bien sûr en priorité aux personnes non et malvoyantes mais se veut ouverte à tous les publics».
Un dernier enjeu, imprévu et antinomique, s’affirme avec force au fil de la page: «compléter le propos par une sensibilisation à la question de la protection des œuvres (histoire, fragilité…), faire comprendre le sens de l’interdiction traditionnelle de toucher, et mettre en lumière les actions de conservation et de restauration qui “touchent” les œuvres». Ainsi, «avoir fait [une fois dans sa vie ?] l’expérience du toucher grâce à des reproductions de sculptures modifie profondément la perception [visuelle?] de l’œuvre originale». Le «NOUVEAU DISCOURS» et la «médiation spécifique» par lesquels «le musée […] repense la relation du public à l’œuvre» consiste donc à «permettre au visiteur de mieux comprendre ce qui se joue entre la vue et le toucher, entre un original et une copie, entre la possibilité de toucher et son impossibilité».
Que d’efforts pour un tel contresens!

Lire aussi nos articles «“Prière de toucher” II: les aléas d’une formule» et «Quelques arguments pour un déploiement complet de la muséographie immersive».

Consulter le dossier de présentation sur le site du P B A Lille.

Photographie d’illustration: CL-B.