Les neurobiologistes continuent à découvrir des dimensions méconnues du fonctionnement des perceptions tactiles ou apparentées, notamment dans le domaine de la vibration et dans celui de la douleur. Hervé Segond propose une synthèse des connaissances antérieures à 2008 dans un chapitre du livre Cognition, santé et vie quotidienne dirigé par Gérard Chasseigne.
Les pages 75-88 sont consacrées à l’appareil neurologique permettant le recueil et le traitement des informations tactiles. Les pages 88-105 montrent l’importance du toucher avant et après la naissance, non seulement pour le développement de l’enfants mais pour la construction de la relation parentale et, par-delà, pour l’équilibre de l’individu adulte ou âgé.
En négatif, on a constaté dès les années 1950 que les bébés prématurés placés en couveuse et nourris artificiellement, donc privés de contact humain, avaient du mal à prendre du poids, à régler leur rythme cardiaque et leur respiration; puis que les bébés élevés en orphelinat présentaient un taux de mortalité supérieur à la moyenne, une croissance physique inférieure et des retards de développement personnel; enfin, que les enfants isolés pendant de longues périodes à l’hôpital devenaient plus souvent dépressifs.
En positif, on a remarqué que la méthode dite peau à peau (ou sa variante dite kangourou), obtenait les effets inverses: placer le nouveau-né nu sur le torse nu de sa mère ou de son père lui permet de sentir leur chaleur, les battements de leur cœur, le rythme de leur respiration et la vibration de leur voix. Cela favorise l’adaptation du bébé à son environnement, en créant des conditions intermédiaires entre les perceptions atténuées de l’intérieur du ventre maternel et les perceptions contrastées du monde extérieur.
L’haptonomie travaille de manière systématique cette transition progressive entre l’avant et l’après la naissance, aussi bien pour l’enfant que pour sa mère et pour son père. Elle désigne la science (-nomie) du toucher (hapto-) et du sentir dans sa dimension intime et affective. Elle consiste à établir une relation tactile entre les trois partenaires, d’abord en faisant se déplacer le fœtus par des pressions sur le ventre de la mère, puis en massant le nouveau-né, en provoquant et en accompagnant ses mouvements. Cela réduit aussi l’anxiété de la future mère, facilite l’accouchement, limite la dépression qui le suit et favorise l’attachement. Cela aide enfin le père à prendre toute sa place dans le processus de gestation et dans la nouvelle relation familiale.

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