Le 08.01.2022, la rubrique «Tech & net» du Point présentait la «recherche de l’absence de contact» comme «une révolution silencieuse qui pourrait bien changer la manière dont nous communiquons avec les objets… et avec nos proches». Que penser de cette «planète geek»?

 

De face, un homme utilise un hologramme projeté par son écran de téléphone. Dans la main gauche, il tient son smartphone à l'horizontal et pianote dans l'air, de sa main droite, sur l'écran projeté devant lui.

 

Actionner un robinet d’eau ou le volume sonore d’un dispositif audio par la voix, pourquoi pas? À condition bien sûr d’apprendre aux logiciels à reconnaître des mots chuchotés ou mal articulés afin d’inclure les personnes en situation d’aphonie ou d’aphasie. En revanche, il y a quelque chose de totalement immature ou de gravement névrotique dans l’idée de nous faire appuyer sur un bouton «via un écran holographique». Au lieu d’essayer d’aider les personnes privées de l’usage de leurs mains, l’équipe qui travaille sur cette technologie envisage sérieusement d’empêcher les personnes privées de vue de demander l’arrêt du bus ou de choisir l’étage souhaité dans un ascenseur , puisqu’il faudrait, pour obtenir ces résultats, désigner le bouton sur «un écran virtuel qui reconnaît le mouvement de votre doigt», «sans avoir besoin de le toucher»!
La plus inquiétante étrangeté de ce projet, officiellement testé à Saint-Quentin-en-Yvelines, réside dans sa promotion par la peur: «notre innovation vise à casser les chaînes de contamination», se félicite l’inventeur. Il s’agirait d’un «geste barrière électronique». Rappelons qu’on sait désormais que le corona virus se transmet par la respiration et par la salive. Le contact entre des mains propres ou avec des surfaces, tout en continuant à se désinfecter les mains, n’est pas en cause. Cette technologie et sa justification transforment donc en marchandise l’immaturité tactile dans laquelle nous enferme l’haptophobie caricaturale de certaines consignes sanitaires. Pour rester attractif, le journaliste se sent d’ailleurs obligé de conclure qu’«une société sans contact ne rime pas encore avec l’absence de plaisir». Mais jusqu’à quand?
L’AFONT plaide au contraire pour une éducation et une (re)mise en pleine conscience du toucher (lire nos articles «Le toucher, une friche éducative à mettre en culture» et «Ne pas (re)diaboliser le toucher»). En manière d’antidote contre la contamination des esprits, relisons l’un des arguments de Fabienne Martin-Juchat dans son interview au Monde du 15.02.2022: «nous pouvons développer d’autres formes de toucher, grâce aux animaux ou aux activités manuelles. Cependant, il y a quelque chose d’inquiétant à imaginer une société où les gens s’entourent d’animaux, parce qu’ils ne sont plus en mesure de toucher une personne, pour communiquer. Il faut que les individus puissent continuer d’être immergés dans des « bains » sociaux, notamment les jeunes, pour se relier les uns aux autres et se sentir vivants».

Lire l’article du Point
et l’entretien de Fabienne Martin-Juchat avec Cécile Bouanchaud sur lemonde.fr.

Photographie d’illustration: Finepixels pour Pixabay.com