On pourra bientôt quantifier les manières effectives de se saluer et leur évolution au fil de la pandémie de Covid-19 et après. Sur la quinzaine de gestes proposés en alternative à la bise et à la poignée de main, cinq seulement préservent un contact physique, avec plus ou moins de réticence.

Rappelons, au préalable, que par une ironie de l’histoire, saluer signifie étymologiquement souhaiter une bonne santé, et que toutes les variantes de la formule «Comment allez-vous?» ou «Ça va?» interrogeaient à l’origine sur la santé intestinale de la personne saluée. Ajoutons que la bise et le serrement de main se pratiquent en Occident, de manière plus ou moins intensive, depuis l’Antiquité. Or la transmission du Covid-19 par contact cutané a entraîné la diffusion massive de la consigne d’«éviter les poignées de main et les embrassades». D’où le foisonnement, au début de la pandémie, d’articles de presse proposant des gestes alternatifs pour se saluer. Nous ne recensons ici que les trois plus complets, parus entre le 2 et le 5 mars 2020, et trois retours postérieurs sur cette thématique.

Sur la quinzaine d’alternatives proposées, cinq seulement préservent un attouchement réciproque. À propos du contact des poings, dit fist bump ou check en anglais, France Inter observe: «même si c’est plus propre, on se touche quand même les mains». Concernant le coude à coude, dit elbow bump ou Ebola check (par référence à l’épidémie de fièvre hémorragique), la radio publique et Le Parisien font remarquer qu’il est rendu moins hygiénique par la consigne officielle de tousser ou éternuer dans son coude. Viennent ensuite les variantes de salut du pied (footshake en anglais), par contact des pointes ou en se touchant les chevilles: pour Ouest France, cela «semble avant tout relever du gag», et pour Le Parisien, c’est «Marrant à condition d’être agile. Ce qui explique que la pratique se diffuserait plutôt chez les jeunes». Enfin, Ouest France propose des tapes dans le dos, et Le Parisien de «serrer dans ses bras, à l’américaine. “C’est joyeux et chaleureux et, dans le même temps, comme chacun regarde de côté, il n’y a pas de risque de contact de salive ou de projection”, note le docteur Frédéric Saldmann».

Quatre propositions consistent à mimer plus ou moins le contact sans le mener à terme: se tendre le poing sans toucher, comme les hommes iraniens (Ouest France), se tirer la langue à la népalaise (France Inter), diverses variantes de signes de la main et, plébiscité par les trois médias, le namasté thibétain. Plus encore que les précédents, ce geste fonctionne comme un souvenir kinesthésique (pour soi-même) et comme une image visuelle (pour autrui) du rapprochement des mains et des visages. Dans cinq autres cas, en revanche, l’intention de contact personnalisé devient totalement symbolique: paume contre le cœur de la tradition musulmane, différentes formes européennes et japonaises de la révérence, chant maori, sourire et/ou regard droit dans les yeux… Dans Le Monde du 16.03.2020, le psychanalyste Saverio Tomasella argumente pourtant très fortement l’idée que «nous ne pouvons pas vivre sans contact physique» et qu’«il y a de l’intime hors de la sphère privée».

Au sortir de deux mois de confinement, seul Ouest France revient sur cette thématique le 15 mai 2020, tandis que, le 02 juin, Télérama envisage sérieusement que nous puissions «vivre sans contact», selon «un auto-contrôle permanent du moindre de nos gestes». L’avenir dira lequel l’emportera de la peur de se contaminer ou du besoin de communiquer.

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Ouest France
France Inter
Le Parisien
Le Monde
Ouest France
Télérama.