«En ces temps troublés par la crise sanitaire, les contacts physiques sont assimilés à des comportements à risque, alors que nous en avons tant besoin. ARTE propose une sélection de programmes pour ne pas tout oublier en la matière» et s’informer des dernières découvertes.

 

De profil et en gros plan, une femme s'approche de l'oreille d'un homme pour lui murmurer quelque chose ; ses cheveux sont lâchés et ornés de fleurs

 

«Le Pouvoir des caresses: le toucher, un contact vital», Dorothée Kaden

En 53 minutes, Des images scientifiques et des interviews (presque toujours traduites) de chercheurs allemands et suédois Permettent à chacun-e de comprendre

  • la découverte récente des fibres CT, canal de transmission spécifique du toucher émotionnel, distinct du toucher informatif
  • le rôle particulier de la moelle épinière en complément du cerveau
  • l’effet des contacts émotionnels sur la production d’hormones et l’effet des hormones sur notre état d’esprit et nos relations sociales (lire aussi notre article «Des caresses qui soignent»)
  • les progrès actuels des technologies de toucher virtuel: encore expérimentales, elles incluent déjà des dispositifs permettant d’échanger à distance la sensation de se prendre dans les bras, de se masser ou de se caresser (au prix de lourds appareillages).

«À fleur de peau: une histoire des caresses, câlins et autres étreintes», Annebeth Jacobsen

Ce très riche documentaire de 53 minutes éclaire l’actualité de la distanciation numérique, des scandales sexuels et de la pandémie grâce aux recherches biologiques (Francis McGlone, notamment), philosophiques (Jean-Luc Nancy), historiques (Anne Vincent-Buffault, entre autres) et artistiques. Il est régulièrement scandé par le constat de «la Discordance entre [notre] besoins de proximité et de distance» : «nous aspirons [au contact] et dans le même temps nous avons peur d’être blessé-e-s»; «cela fait des siècles que l’on nous enjoint d’établir de la distance» et «c’est arrivé en une dizaine d’années». «Aujourd’hui, en pleine ère du numérique, [la distanciation] est choisie, mais à quel prix?» «Quelle tolérance reste-t-il pour le corps analogique?»… «Et si la peur de la contamination nous poursuivait à jamais?»
La réalisatrice rappelle d’abord fortement, en s’appuyant sur l’histoire, les représentations artistiques et la biologie que «la proximité physique a toujours été la normalité» et que «la science a prouvé son absolue nécessité». En revanche, dès la Renaissance, en Occident, les autorités religieuses ont énoncé des injonctions contradictoires entre la promotion du toucher compassionnel et la hantise de la sexualité, comme le montrent les controverses sur la traduction de la parole biblique «noli me tangere»: il est logique d’interpréter cette formule comme signifiant «Ne me retiens pas», alors qu’elle a souvent été traduite par «Ne me touche pas».
L’histoire explique comment la valorisation de la distance et la dévalorisation du toucher sont apparues avec les théories hygiénistes et éducatives de la fin du XVIIIe siècle. Elles ont, en apparence, été renversées par la libération des mœurs dans les années 1960, comme l’illustrent plusieurs recherches artistiques des cinquante dernières années. Cependant, la sensibilité récente aux harcèlements et aux violences prouve que «Dans tous les secteurs, L’abus de pouvoir s’exprime par des contacts abusifs»: «certains touchers ne touchent plus», car «les contacts les plus intenses ne créent pas forcément de proximité».
Une séquence très intéressante compare les paradoxes de la société occidentale à ceux de la culture japonaise. Dans ce pays, l’éducation des enfants est beaucoup plus tactiles, mais les relations ordinaires entre adultes évitent systématiquement la proximité physique, au point qu’après avoir inventé les bars à chats, les Japonais viennent d’ouvrir des bars à câlins: à l’exclusion de toute prestation sexuelle, les clients payent pour qu’on leur souffle dans l’oreille, qu’on leur caresse la tête ou qu’on leur tienne la main. Cela confirme une des phrases programmatiques qui ouvrent le film: «l’humain n’est réellement humain que lorsqu’il peut toucher», c’est-à-dire lorsqu’il en a à la fois le droit et la possibilité.

«Ostéopathie, les mains à l’écoute du corps», Antje Christ

Ce «53 minutes» laisse délibérément de côté les querelles de légitimité entre la médecine occidentale officielle et les médecines alternatives pour se consacrer au ressenti tactile des praticiens et de leurs patients. La réalisatrice combine des enregistrements de consultations, des récits de personnes soignées et des explications d’ostéopathes dans la perspective d’une complémentarité entre les méthodes de soin. Elle présente sobrement l’Approche holistique (globale) de l’unité du corps, où les tensions se propagent. Le diagnostic s’appuie sur le repérage des anomalies dans la mobilité de la personne et la recherche des déséquilibres qui peuvent les causer. Le traitement passe par des manipulations et des exercices qui font jouer non seulement les os (ostéo-) mais aussi les viscères. (Lire notre article «Paroles d’ostéopathes»).)
L’accent est mis sur le rôle des fascias (nom masculin en français) qui désignent, à la suite du Traité des membranes de Xavier Bichat (1799), les bandes de tissu conjonctif enveloppant et maintenant nos muscles et nos organes. Les séquences finales développent l’apprentissage de la palpation et des manipulations. Il s’agit de «Rendre visible le travail des mains», ce que permet désormais l’élastographie (Lire notre article «ÉRM: la consistance et la texture renseignent la médecine»). Un praticien déclare: «notre instrument de mesure à nous, nos mains, a son efficacité».
Regarder et écouter les trois documentaires jusqu’au 20.05.2021 sur arte.tv.

Photographie d’illustration: 366308 pour Pixabay.com